Berserk - Tome 05 analyse
Griffith est l'incarnation du sublime. Parlons pour commencer des graphismes : ils sont SUBLIMES eux aussi. Chaque planche est un délice à contempler, les yeux s'en délectent...et le coup de crayon de Myura met bien en avant Griffith. Mais d'une manière toute particulière, sur un piédestal, auréolé de blanc sa chevelure est entourée de colombes : il est pareil à un ange que la maladresse de Dieu aurait plongé parmi les mortels. Et surtout, il surplombe Guts.
Et le contraste entre nos deux protagonistes est frappant. De par la couleur qui les caractéristique (d'un coté Guts le guerrier noir, de l'autre Griffith le commandant auréolé de blanc), mais aussi et surtout de par leurs ambitions. Là où alors qu'il n'est encore rien Griffith se voit déjà à la tête de son pays, Guts vit au jour le jour, maniant le fer et rien que le fer. Insistons encore sur Griffith, car les graphismes de l'auteur nous indiquent je trouve beaucoup : s'il est bien placé sur un piédestal, il est également pareil à un être divin. Et les autres personnages insistent souvent sur ce point : Griffith n'est pas comme eux, on le dirait tout droit sorti d'une peinture, il a l'air plus noble que les nobles eux même...tous le voient ainsi. Mais cette nature divine est à mon sens amplifiée par le Béhérit (un "objet" qui lui pour le coup est bien de nature divine, on sait déjà à ce stade de lecture qu'il permet d'invoquer les god-hand). Et on sait également à quel point ce béhérit pourrait extrapoler la puissance de Griffith, et concrétiser ses aspirations car on le sait déjà prêt à beaucoup : ses compagnons de guerre ? Des pantins prêts à donner leur vie pour lui permettre d'accéder à son rêve. Qu'est ce qui empêcherait un sacrifice ?
Ce point est confirmé par la suite. Mais pour le comprendre il faut parler de Zodd l'immortel.
Qu'est ce que j'ai apprécié cette scène de combat entre lui et Guts...encore une fois Miura excelle par ses coups de crayon. Les doubles-pages sont magnifiques et mettent parfaitement en avant la bestialité, et la terreur qu'on peut ressentir face à un tel monstre. Seulement l'issue de ce combat, lors duquel Griffith viendra au secours de Guts, Zodd remarquera le Béhérit qu'il porte en permanence autour du cou (qu'il appelle aussi : "œil du Roi Universel). Et avant de battre en retraite, il prononcera les mots suivants :
"Fait bien attention, car le jour où son ambition s'effondrera ta mort t'attendra ! Une mort dont tu ne pourras te soustraire !"
La double page est par ailleurs majestueuse et fait parfaitement honneur à Zodd. Mais au-delà de ça, c'est là qu'on se rend compte d'à quel point Berserk est un chef d'oeuvre : on apprend de sa relecture. Car lorsqu'on a déjà lu cette merveille une fois, des détails en elle ne peuvent que nous sauter aux yeux. Tout est dit par Zodd, l'ambition écrasante de Griffith est à double tranchant, et Guts peut à tout moment faire pencher la balance...mais nous aurons tout le temps d'aborder ce point dans les autres tomes.
Passons à Casca : pour le moment je ne l'apprécie pas. Je sais que c'est voulu, elle ne vit que pour Griffith, lui est dévouée et Guts subie de sa part sautes d'humeurs et jalousie. Seulement je sais aussi que son attitude est compréhensible, de par son passif, et je sais aussi que j'apprendrais à l'apprécier davantage par la suite.
ENFIN ! Le point que j'attendais par-dessus tout :
Et dire que certains s'insurgent quand on parle de triangle amoureux...c'est pourtant bien ce qu'il en est. Bien sur, pas un triangle amoureux "classique" tel qu'il est dépeint dans beaucoup de shojos. En revanche ce serait faire preuve de mauvaise fois que de nier les sentiments qu'éprouvent Griffith envers Guts (aussi compliqués et malsains soient-ils).
Il y a beaucoup à dire sur cette scène. Parlons d'abord des graphismes : au risque de me répéter (et quel bonheur de se répéter quand il s'agit de bourrer d'éloges le talent de Miura), BON SANG ILS SONT SUBLIMES. Et au-delà de ça, ils sont lumineux et épurés : on sent une certaine influence du boys love ici.
Et les dialogues ne font que renforcer ce point, surtout lorsqu'il s'agit des mots du faucon blanc.
Ce passage témoigne de toute l'importance qu'a Guts aux yeux de Griffith. Lui qui est toujours si rationnel et contrôlé pour planifier son ascension, il perd la raison lorsqu'il s'agit de Guts. Il est prêt à risquer sa vie pour lui. A perdre une bataille pour lui. Et à terme...à risquer son rêve pour lui. Car sa vie et son rêve son indissociables, mais ils valent peu de choses lorsqu'il s'agit de l'homme dont son cœur s'est épris.
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